Évasion. C'est le mot qui me vient le plus souvent. Comme si, lors de mon incapacité physique à partir de là où je suis suis, mon esprit se focalise sur quelque chose de lointain et inaccessible et je m'enfuis du cadre dans lequel je suis... "On peut toujours rêver de s'en aller mais sans bouger de là." Je m'échappe de tout ce qui m'entoure, m'attache, me tient me retient et me détient, tout ce qui me gêne, me dérange. Si je ne suis pas à l'écart, je m'y met seule.
Je pose mon coude sur une table imitation bois, de couleur claire. J'emèle mes doigts dans mes cheveux, puis les retire en lissant mes fines mèches, replace ma main sous cette petite blondeur et ainsi de suite... Je me détache du bruit de la classe ; rires, toussements, gloussements, chuchotements. Mon regard en devient objectif, simple spectateur, je me plaît à observer, mais, paradoxalement mon ressentit me brise. Peut-être parce que je ne suis dans la masse sans en faire partie. Cette phrase me retourne sans cesse "Je ne suis pas à ma place". Les bribes de cours s'accumulent sur une feuille anciennement blanche. Un millier de questions me traversent jusqu'à en faire tressaillir mes membres.
Alors je remarque les places des gens si bien choisies. Ainsi, les plus attentifs sont au front, le centre mélange l'attention, les bavardages, les siestes, et enfin les rangées du fond sont occupées par des gens aux activités TRÈS diverses (salon de thé ou coiffure, pic-nique, dortoir, stand de sudoku, concours de bataille navale...). Et chacune de ces lignées de tables sont complétées de manière stratégique, dont les emplacements ont été préalablement sélectionné à l'avance plaçant les amitiés les unes à côtés des autres.
Et c'est là, où un sentiment douloureux vient me heurter... Les portes vitrées sont à ma gauche et une table vide est à ma droite. Quel lien est-ce que j'entretiens dans la classe ? Un lien avec la solitude et la méprise. Car si je ne suis pas seules, nombreuses seront les imprécations (qui siffleront d'un oreille à une autre et me perçant les tympans), autant que les passe-temps "amusants" que je subirai.
Écart. Solitude. Évasion. Enfin un monde où je me retrouve. Les yeux plongés vers le ciel, le sourire vers l'Enfer, la main sous le menton, je respire cette liberté idyllique. Je me sens m'éloigner de tout, mes yeux ne regarde plus les oiseaux qui me donne envie de voler ; ils font rêver, alors je rêve. Je m'imagine parcourir les cieux bleus frais, respirant toute l'air qui envole mes cheveux, je me vois déployant ces ailes fines et transparentes comme des voiles. Voler si vite, tomber en piquer pour plus de vitesse et entendre siffler mes oreilles. Ouvrant les bras, tendant les jambes puis battant les pieds plein de hargne pour remonter vers les blancs nuages. Y chercher la neige et en faire tomber ces flocons.
Je suis loin, assoiffée de liberté tant ma solitude me fait sentir enfermée. Étrange, hein ? Accompagné, on oublie ce qui nous entoure. J'ai toujours prit le temps de rêver, de faire croire l'impossible à chacun de mes sens. Je me sens brûler sans ressentir aucune souffrance, puis plonger mon corps dans l'eau claire.
Le retour à la réalité est blessant. Rien n'est bonheur, rien n'est lumineux. La solitude m'écrase. Ne serait-ce qu'une faible sympathie me ferait me sentir exister, et m'empêcherai de me perdre dans le pays des idées. Au lieu de cela je critique, la grimace sur le visage, tout ce qui constitue ce monde, cette humanité où si peu de choses sont à garder. Je trouve défaut sur défaut, je réfléchis à toutes ces choses qui m'ont enlevé mon innocence et mon ignorance trop tôt pour pouvoir apprécier encore les petits malheurs de la vie. Mes rêves deviennent plus réalistes, plus cauchemardesques, mais je me garde ce tiraillement dans mes entrailles et je fais bonne mine, ne parlant pas, au grand jamais de ce qu'il faudrait emporter chez moi. Il n'y a que toi... (et tu te reconnaîtras, tu connais enfin la suite...)
Je pense à toi. Je prie pour pouvoir faire disparaître mes maux moraux, et pouvoir tout apprécier de toi sans te mettre à l'épreuve implicitement par une quelconque phrase, au moindre de tes gestes.
Allez, une chanson qui va bien avec :
On n'est pas encore revenu du pays des mystères
Il y a qu'on est entré là sans avoir vu de la lumière
Il y a là l'eau, le feu, le computer, Vivendi, et la terre
On doit pouvoir s'épanouir à tout envoyer enfin en l'air
On peut toujours saluer les petits rois de pacotille
On peut toujours espérer entrer un jour dans la famille
Sûr que tu pourras devenir un crack boursier à toi tout seul
On pourrait même envisager que tout nous explose à la gueule
Autour des oliviers palpitent les origines
Infiniment se voir rouler dans la farine
A l'envers, à l'endroit, à l'envers, à l'endroit
A l'endroit, à l'envers, à l'envers, à l'endroit
Y'a t'il un incendie prévu ce soir dans l'hémicycle
On dirait qu'il est temps pour nous d'envisager un autre cycle
On peut caresser des idéaux sans s'éloigner d'en bas
On peut toujours rêver de s'en aller mais sans bouger de là
Il paraît que la blanche colombe a trois cents tonnes de plombs dans l'aile
Il paraît qu'il faut s'habituer à des printemps sans hirondelles
La belle au bois dormant a rompu les négociations
Unilatéralement le prince entame des protestations
Doit-on se courber encore et toujours pour une ligne droite ?
Prière pour trouver les grands espaces entre les parois d'une boîte
Serait-ce un estuaire ou le bout du chemin au loin qu'on entrevoit
Spéciale dédicace à la flaque où on nage, où on se noie
Autour des amandiers fleurissent les mondes en sourdine
No pasaran sous les fourches caudines
A l'envers, à l'endroit, à l'envers, à l'endroit
A l'endroit, à l'envers, à l'envers, à l'endroit
Noir Désir, À l'envers, à l'endroit